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Jean Imbert ou la théorie de la répétitivité

Il y a quelques jours, après une partie de squash endiablée, je sirotais un jus de fruit en compagnie de mon partenaire de jeu. A la satisfaction de m’avoir battu, il exultait doublement du fait de sa nouvelle activité professionnelle qui lui donnait pleine satisfaction.

Il venait de démarrer un job qui lui était inconnu tant par le secteur que par les compétences. Il avait séduit son boss par sa vivacité et ta ténacité. Celles-là même lui ont permis de rattraper vite son retard technique vis à vis de ses collègues. De plus, il était sur le point de signer une belle affaire qu’il avait déniché. Une vraie performance en si peu de temps. J’étais ravi de ces belles victoires pour lui.

Dans l’euphorie de ses victoires, ses craintes étaient levées. Il échaffaudait des plans sur la comète et se voyait très haut dans l’organisation en songeant aux chiffres avec de nombreux zéros qui l’attendaient au bout. Il lui suffisait de répéter cette opération. Sa préoccupation reposait plus sur les conséquences que sur la manière de s’y prendre.

C’est alors que je lui ai parlé de Jean Imbert ou de la théorie de la répétitivité.

Rares sont les gagnants du Loto. Très rare sont ceux qui gagnent deux fois !

Dans une précédente théorie, j’avais déjà évoqué le loto. Une chose m’a toujours intriguée. L’opportunité m’a été donnée de rencontrer des personnes qui avaient gagnées des gros montants aux jeux de hasard, mais jamais de croiser quiconque ayant gagné plusieurs fois. Pourquoi ? Simplement car gagner n’est que le fruit d’un hasard extrêmement improbable. Cela arrive mais c’est hautement improbable. Hors, les lecteurs habitués de ces colonnes connaissent mon opinion quand à la pertinence de laisser le hasard décider du cours des événements de sa vie. Il n’y a aucune compétence. Aucune connaissance ni aucun apprentissage. Ca passe ou ça casse.

Puisque l’on parle de hasard, le hasard m’a donné de voir ce documentaire sur l’ouverture d’un restaurant aux USA par le cuisinier Jean Imbert (posté en bas de cet article). Un investisseur à qui l’on donnait la parole m’avait frappé par l’une de ces remarques. Lorsque le journaliste lui a demandé pourquoi il goûtait plusieurs fois le même plat, il a eu cette réponse (que je cite de mémoire) que je trouve pleine de sagesse : “Le secret des bons restaurants qui perdurent, c’est leur capacité à servir le même plat avec toujours la même qualité, la même présentation et les mêmes saveurs. Si vous n’êtes pas capable d’avoir toujours le même niveau de qualité en permanence, ce sera un mauvais restaurant et donc il ne fonctionnera pas.”

Vous pouvez rentrer par hasard dans un restaurant, vous n’y revenez jamais deux fois par hasard. C’est un ensemble de compétences (le service, la présentation, l’amabilité, la qualité de la cuisine), qui vous donne l’envie de revenir. Il en va de même pour les affaires.

De toute évidence, au delà de ses qualités personnelles indéniables, mon ami a eu beaucoup de chance. Lui-même admet volontiers que le hasard a beaucoup joué en sa faveur et que sa personnalité a pu gommer certaines déficiences techniques. D’autres que lui n’auraient sûrement pas signé ce contrat car il a bénéficié d’une série de circonstances favorables. La probabilité que cette série de circonstances se répète de nouveau est incertaine (de son propre aveu). Construire une carrière sur ce schéma de croissance est inopportun.

Le cuisinier ne gagne pas ses étoiles à servir un bon plat. Mais en le servant chaque jour, en restant à un haut niveau de qualité, il construit peu à peu sa clientèle et son expertise. Il affine de plus en plus ses compétences. C’est le fruit de cette somme de petites erreurs, parfois invisible aux yeux de ses clients, qui permette au cuisinier de parfaire toujours plus ses recettes et sa façon de faire. Le succès est le fruit d’une succession de victoires. Le succès n’est possible que si cette série n’est pas interrompue par une défaite. Compter sur le hasard pour enchaîner les victoires est illusoire.

Un cuisinier ne peut pas tout maîtriser : le goût de ses clients, la qualité des aliments qu’il utilise. De la même manière, vous ne pouvez pas maîtriser totalement votre environnement. Par contre, vous pouvez parfaire vos connaissances et vos compétences. La chance, c’est la rencontre du hasard et de la préparation. Faites en sorte que vos prochaines rencontres du hasard soient productives grâce à votre préparation. Mon ami a bénéficié de facteurs favorables dans le contrat qu’il est en train de signer. A lui de faire l’analyse des circonstances et des compétences nécessaires pour que cette signature se reproduise.

Se répéter pour améliorer son geste

Dans une vidéo TED (que je ne retrouve plus), un homme parle des techniques de jonglage. Son explication est captivante dans cette vidéo. Une fois la technique maîtrisée pour jongler à 3 boules, vous devez tout oublier et réapprendre pour jongler à 4 boules. Les gestes et les automatismes vous permettant de jongler à 3 boules sont totalement différents de ceux qui vous permettent de réussir le même exploit à 4 boules. Et ainsi de suite.

L’autre parabole que je trouve intéressante dans cette histoire de Jean Imbert qui part aux USA ouvrir des restaurants, c’est la capacité qu’a eu ce chef français de se risquer à aller à l’étranger pour faire connaître sa cuisine. Il aurait pu se contenter de rester sur ses acquis et de répéter inlassablement sa cuisine en France. Je suppose que Jean Imbert a adapté ses recettes en fonction du marché US afin qu’elles correspondent aux goûts locaux tout en gardant l’ADN de base qui représente sa vision de la cuisine.

De la même manière, les sportifs gagnent des tournois avec des séries de tactiques et d’entraînements physiques. Malheureusement, les tactiques sont vites éventées et le physique d’un sportif de haut niveau nécessite un entraînement constant qui doit prendre en compte l’âge et les blessures. Si un sportif ne se renouvelle pas, il lui devient difficile de renouveler ses succès. Se renouveler et améliorer son geste est aussi une nécessité pour chacun d’entre nous. Les recettes qui fonctionnent un jour n’auront pas le même effet demain. De la même manière, manager une équipe, ce n’est pas appliqué les mêmes méthodes à tout le monde. Les personnalités et les expériences appellent des réflexes et des mesures qui peuvent être différentes.

Je vous recommande aussi le visionnage de ce documentaire “Jiro Dreams of Sushi”. Cet homme a tellement travaillé son geste qu’il a finit par recevoir 3 étoiles michelin pour ses sushis. On doit sans cesse tenter de se renouveler, tenter d’améliorer ses gestes et ses pratiques afin qu’ils deviennent meilleurs ou voire parfois de les changer totalement.

Il en va de même pour vous. Une fois vos compétences et vos connaissances maîtrisées, il convient d’élargir son champs d’horizon des connaissances. Plus vous serez en mesure de vous confronter à de nouveaux horizons, plus votre perspective d’avoir des paysages de rêve s’agrandira pour votre vie professionnelle.

Mon ami ayant fini sa boisson, admit qu’il devait se concentrer sur ses lacunes afin de les combler et travailler pour améliorer ses compétences. A ces conditions, il serait capable de mettre un plan qui lui permettrait d’atteindre des sommets. Notre discussion enchaîna sur le plan de développement qu’il devait se construire et sur les compétences qu’il devait affiner. Il me demanda mon avis sur une étape lointaine et sur les choix qu’il devait prendre à moyen terme. C’est alors que je lui ai parlé des Disques d’or et de la théorie du choix.

(en revoyant cette vidéo, je réalise que la citation est à attribuer à Jean Imbert et non à l’investisseur)