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Michael Jordan ou la théorie du raté

Ce que les statistiques du plus grand joueur de tous les temps au basket nous parle de notre aversion au risque et de nos propres échecs.

Il y a peu, un ami me révélait un point d’intense frustration. 

Malgré ses efforts, responsable grands comptes, il n’arrive pas à conclure favorablement toutes ses opportunités commerciales. En tout cas, son taux de conversion n’est pas à la hauteur de ses espérances.

Travailleur acharné, épaulé par une forte envie de s’améliorer, il s’investit à 100% dans son travail. A force de travail et de réussites, il a gravi les échelons de sa société pour devenir ce que l’on appelle dans le jargon commercial un “KAM” (pour Key Account Manager). 

Mais à chaque évolution, son taux de “closing” s’amenuise peu à peu. 

Ce dernier point ne représente pas un souci pour sa direction, satisfaite de son travail. Néanmoins, améliorer toujours et encore ses résultats est un sujet qui tient à coeur mon ami. 

Pour ce faire, une organisation quasi militaire s’est mise en place dans son travail. Chaque opportunité commerciale est une occasion de se lancer à corps perdu dans toutes les batailles, n’en lâchant aucune et se battant jusqu’au dernier moment pour tenter de l’emporter.

Son objectif : remonter son taux de conversion pour atteindre 100% de son objectif sur le trimestre. Malgré tous ses efforts, il n’y arrive pas. Il venait de recevoir une réponse négative quelques instants avant notre conversation, d’où son agacement. 

C’est alors que je lui ai parlé de Michael Jordan ou la théorie du raté.

L’un des plus grands joueurs de tous les temps manque un panier sur deux !

Le documentaire “The Last Dance” sur Netflix permet de revivre (avec nostalgie pour les plus vieux comme moi) l’épopée formidable des Chicago Bulls de Michael Jordan. Je me rappelle, plus jeune, de l’intense émotion à la fin de la carrière de Michael Jordan. Tous, nous savions que c’était la fin d’une ère incroyable. 

Nous avions pu voir de notre vivant, en direct, cette légende sur les parquets. Dans les gradins, l’émotion devait être à son comble. Le plus grand joueur de Basket Ball de tous les temps quittait définitivement les parquets.

Tout comme le record d’Usain Bolt au 100 m des JO de Pekin, tout spectateur ressentait que ce moment, vécu en direct, allait constituer un moment légendaire.

Je ne saurais dire si Michael Jordan a été le meilleur joueur de tous les temps. Parfois, je regarde, amusé, les passes d’armes entre les fans de Lebron James ou de Kobe Bryant pour tenter de départir qui de ces trois hommes avec Michael Jordan, a été le plus grand. 

Par hasard, je suis tombé sur ces statistiques qui m’ont troublé (je suppose qu’elles sont vraies car je n’ai pas vérifié)

Quand je fais les pourcentages de réussite, je constate à quel point les niveaux de réussite ne sont pas si élevés (ne méprenez pas mes propos, ce sont des stats extraordinaires et moi même, si je pouvais avoir un score de 10% dans des situations similaires, je serais déjà extrêmement heureux) :

  • Michael Jordan : 51% de taux de réussite
  • Kobe Bryant : 45% de taux de réussite
  • Lebron James : 49% de taux de réussite

Et si on compare les chiffres des tentatives des paniers à 3 points, les chiffres sont encore plus bas (environ 30%).

Je ne rentrerai pas dans une polémique de comparaison entre ces joueurs mais ce qui est sûr c’est qu’ils représentent les meilleurs joueurs de tous les temps.

Mais si vous les compariez avec vos propres statistiques. Est-ce que votre boss serait satisfait si vous ratiez un projet sur deux ? La réponse est évidente.

Pourtant, ces hommes sont devenus des légendes (ou en passe de le devenir).

Pourquoi ?

Tous les paniers et toutes les réussites ne se valent pas !

Amateur de tennis, j’ai remarqué qu’il y avait une grande différence entre les champions et les autres joueurs. 

Malmenés, proches de la défaite, en passe d’être vaincu, les champions relèvent la tête et trouvent parfois la force de revenir au score et de l’emporter. Les autres s’effondrent et tombent dans l’oubli.

La force des grands champions comme Michael Jordan (ou Lebron James ou Kobe Bryant) n’est pas leur taux de réussite. Quand, je regarde ces autres statistiques, de nombreux joueurs ont des statistiques similaires.

Leur force, leur côté exceptionnel, c’est leur capacité à affronter l’adversité et à renverser les situations.

C’est leur capacité à marquer les points cruciaux qui en font des légendes tournant en boucle sur YouTube.

C’est leur capacité à entraîner le collectif, parfois par leur simple présence, et galvaniser les troupes.

Pour reprendre mon exemple de tout à l’heure, avec un projet sur deux que vous pourriez ne pas réussir, est-ce que tous les projets se valent ?

Comme je l’avais déjà évoqué dans Neymar ou la théorie du temps, notre devoir est de nous concentrer sur les tâches à très forte valeur ajoutée. Celle ou nous sommes en mesure d’apporter de l’exceptionnel. 

La légende Jordan s’est construite sur cela. 

Sa capacité à se transcender lui-même lors des grands rendez-vous.

Sa capacité à transcender son équipe.

Sa capacité à transcender les foules.

Mon ami se bat pour chaque deal. C’est à son honneur. Mais tous deals n’ont pas la même valeur. Et cela dans tous les sens du terme. 

Je pense que c’est une erreur. Il faut choisir SA bataille. Celle qui transcende le reste et qui aura le plus d’impact sur l’organisation. A vous disperser et à vouloir tenter de réussir sur tous les fronts, le risque est de rater l’essentiel. 

Le sujet n’est pas de réussir tous les projets mais de réussir ceux qui comptent.

Comment juger si un projet est important ? Si elle n’est pas évidente, la réponse est probablement non. 

Tous les jours, j’accompagne des personnes qui ont tout le potentiel pour réussir et transcender leur carrière et leur vie. Il leur manque juste quelques éléments pour y arriver. Celui dont je veux vous parler ici, c’est le “Focus”.

Michael Jordan a t il été glorieux lors de tous ses matchs ? Je ne le pense pas. La prochaine fois que vous faites votre To Do list ou votre plan annuel, posez-vous cette question : 

Est-ce que ce projet/dossier/prospect fera la différence à la fin de l’année ?

A regarder le vague horizon, on ne se concentre pas sur la destination. Concentrez-vous sur ce qui marque LA différence.

Si vous réussissez tous les projets importants, personne ne vous demandera votre taux de réussite.

Comment faire pour se concentrer sur les sujets importants :

  • Apprendre à dire non. Le jour où j’ai su dire non à un projet intéressant, ma vie a changé. Savoir dire non est la première étape pour se dire oui à soi même.
  • Gagner en efficacité au travail ! Avoir un agenda correctement organisé ou ne plus subir l’infobésité des emails est un excellent premier pas pour se focaliser sur les projets qui font la différence.
  • Sortir de sa zone de confort. “A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire”. Cette citation de Corneille est, on ne peut plus contemporaine. La peur de perdre nous immobilise dans notre zone de confort. En sortir, c’est acquérir de nouvelles compétences et de nouvelles expériences. Et qu’importe les ratés, car soit vous gagnez, soit vous apprenez.

A ces mots, mon ami est rentré dans une transe méditative, inhabituelle pour lui, tant il est une personne volubile. Ce dernier raté l’avait affecté car c’est un deal important. Et il ne lui avait pas apporter le FOCUS nécessaire. Il s’est dispersé. Cependant, il tenait à me faire remarquer que dans l’environnement dans lequel il évoluait, il était difficile de naviguer tranquillement en raison des demandes incessantes qu’il recevait de toute part. C’est alors que je lui ai parlé de la météo ou de la théorie du contrôle. Mais ça, c’est une autre théorie.

Prochaine théorie : la météo ou de la théorie du contrôle

Précédente théorie : Neymar ou la théorie du temps

Crédit photo : Jordan