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La météo ou la théorie du contrôle

Nous n’avons pas de prise sur tous les éléments qui nous entoure. Mais est-ce si important ? La météo nous fournit une bonne analogie sur le sujet.

Il y a peu un ami me confiait en avoir assez de son travail. Trop de pression. Trop d’incertitudes. 

Dans une prestigieuse agence de communication, il est le sas de communication entre les clients et l’agence. Entre les demandes de l’un et les contraintes de l’autre, il est pris en étau. Des arguments justifient les demandes et les réfutations sont tout aussi légitimes. 

Néanmoins, l’absence mutuelle de compréhension engendre un climat de conflit permanent. Mon ami tente de se faire le porte parole dans une cacophonie où chacun se focalise sur ses arguments. A ce jeu de sourd, le bon sens est laissé de côté.

Passionné par son travail, longtemps, il ne souhaitait pas lâcher l’affaire. A chacune de nos conversations, il cherchait de nouvelles solutions. Pressurisé, sentant bien qu’il était au bout du rouleau, il a posé quelques congés en avance.

Si vous lisez ces lignes, peut-être avez-vous ressenti ce sentiment où les membres d’une organisation ne travaillent pas pour le bien de l’organisation mais pour une vision personnelle du bien (parfois peu aligné avec celui de l’organisation) ?

Evidemment, la situation de mon ami est un peu exceptionnelle. Pris en étau entre deux mastodontes, impuissant, il a peu de marges de manoeuvre pour trouver des solutions.

De nature passionnée, son appel représentait un appel à l’aide pour trouver des solutions. C’est alors que je lui ai parlé de la météo ou de la théorie du contrôle.

On subit la météo. Bonne ou mauvaise.

Tout ce qui nous arrive dans la vie n’est pas de notre contrôle. Les CVs mentent. Il présente un parcours rectiligne, jalonné d’expériences dont l’enchaînement est parfaitement logique. Mais derrière le storytelling, se cache une autre réalité. Les parcours sont le fruit de rencontres, de hasards et d’imprévus. Parfois heureux, parfois moins. C’est à posteriori que la pertinence est apportée.

Il en va de même pour la gestion de projet, nous avons une prise partielle sur le déroulement des choses. Certains éléments restent en dehors de notre contrôle malgré notre bonne volonté. Tout ne peut être anticipé ou supervisé. Donner le meilleur de soi n’empêche pas certains événements imprévisibles de se produire. 

En début de carrière, j’ai eu la chance de décrocher un entretien pour un poste dans un illustre cabinet de consulting en innovation. Ayant assisté à l’une des conférences passionnantes du DG, j’avais rédigé une candidature avec beaucoup de soin. La personne me fascinait et le job était tout ce que j’avais envie. A ma grande surprise, le DG avait répondu à ma proposition spontanée. Nos échanges pour fixer le RDV avaient été très simples et sympas. J’étais enchanté. Je suis arrivé dans le cabinet, toutes les lumières étaient éteintes. Il m’a reçu le visage fermé. J’étais stressé. Il n’était pas très sympa. Mon entretien ne s’était pas très bien déroulé pourtant à la fin, il s’est excusé auprès de moi. Il venait de licencier le matin même une collaboratrice. Cela s’était mal passé. Il en était visiblement affecté. Il a continué en me disant qu’en temps normal, il aurait fait un pari et m’aurait engagé car un entretien, surtout pour un junior, n’est pas révélateur. Mais la situation de ce matin avait refroidi ses ardeurs. Je n’ai jamais été engagé.

J’y vois ici un parallèle avec la météo, sujet fascinant sur deux points :

  • C’est difficilement prévisible : la constatation du réel met à jour parfois de flagrantes différences avec les prévisions. Et plus le temps vous éloigne de l’événement, plus le pronostic de la météo est incertain. 
  • C’est totalement en dehors de notre contrôle. Vous pouvez organiser le plus beau mariage qui soit. Le meilleur déroulé. Les plus belles tenues. Le meilleur champagne. Un des éléments clés, le soleil sur les photos est en dehors de notre contrôle. 

Nous ne pouvons contrôler certains impondérables. Mais nous pouvons choisir la manière dont nous les recevons et les gérons. 

Comme pour mon entretien de recrutement dans ce cabinet d’innovation. J’aurais pu être mieux préparé. Mais je ne pouvais rien faire contre l’état d’esprit du DG. Comme la météo. Qu’il pleuve ou qu’il neige, vous ne pouvez rien faire.

Deux choses étaient à ma portée :

  • Donner le meilleur de moi même avant et pendant l’entretien
  • Savoir rebondir après l’annonce décevante de mon non-recrutement

Bien évidemment, si vous êtes en proie à des situations extrêmement difficiles, ces lignes pourront choquer. Il existe des cas de figures où une aide extérieure est nécessaire. Certaines situations emprisonnent des personnes dans des spirales de malheur. Mon discours ne concerne pas ces situations. 

Avoir de l’indulgence par rapport à ses échecs, savoir que toutes les batailles ne méritent pas d’être gagnées (voir : Michael Jordan ou la théorie des échecs) ou savoir donner le meilleur de soi-même au bon moment (voir : Neymar ou la théorie du temps) sont des éléments vitaux qui vous aideront à mieux vous préparer.

Mon ami se pourrit la vie dans une situation inextricable. Il n’en dort plus. Et le pire, il se remet en cause pensant que cette situation est de sa faute. C’est faux. Tout n’est dans son contrôle et il doit l’accepter.

Mon point ici n’est pas de se donner des excuses à nos ratés mais de faire la part des choses entre ce qui est de votre ressort et ce qui ne l’est pas. 

On ne choisit pas la météo d’un lieu, mais on choisit notre lieu de villégiature

Un lieu de vacances est choisi en raison de son attrait et de la forte probabilité d’une météo favorable. Pour ceux qui cherchent du soleil, il est probable que vos vacances d’été soient plus ensoleillées en Corse que dans le nord de la France. 

Parfois, malheureusement, il n’existe pas de solutions. Dans le cas de mon ami, c’est une personne intelligente et diplomate. Ayant échangé avec lui à de nombreuses reprises pour trouver des solutions, son savoir être et son savoir faire ne sont pas en cause dans ses difficultés.

Il est juste à une mauvaise place à un mauvais moment. Dans une situation où pour des raisons diverses et plus complexes, la raison semble avoir perdue sa place dans les projets qu’il gère. D’autres avant lui ont échoué. D’autres après lui échoueront. Il se retrouve pris dans un maelstrom d’ego et de politique. A des éléments irrationnels, la raison ne donne pas de solution.

Alors, vous n’avez plus qu’un choix : Trouver une autre ALTERNATIVE. Trouver une autre situation où vous aurez une chance de remporter des succès grâce au fruit de votre travail. Nous avons la chance de vivre à une époque où nous ne sommes plus liés à notre travail. A notre patrie. Le monde regorge d’entreprises et de lieux qui vous seront plus favorables. Saisissez les. 

La chose la plus chère qui nous soit c’est le temps. Le temps est définitivement perdu. Les problèmes de santé peuvent vous laisser des séquelles. Les relations (amis, familles, enfants) peuvent être durablement endommagées. Tout le reste, vous pourrez le récupérer. Ne laissez pas les événements incontrôlables de la vie extérieure se mettre en travers de votre route.

A une situation malsaine, vous pouvez prendre la fuite et subir des conditions peu favorables à cette fuite (chômage, perte d’argent, …). Où vous pouvez vous poser les conditions de cette ALTERNATIVE : le PLANNING. Quel est la route que vous devez emprunter pour y arriver ? En êtes-vous loin ? Quelles sont les étapes pour arriver à une meilleure destination ?

Le lieu dans lequel vous êtes n’est peut-être pas fait pour votre épanouissement. L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Par contre, vous pouvez choisir les conditions d’ensoleillement du lieu où vous résidez. De quoi avez-vous besoin ? 

De quelle compétence ? De quelle expérience ? Comme nous l’avons vu dans Picasso ou la théorie du bambou, c’est aujourd’hui que vous posez les bases de votre succès. 

Mon ami est un professionnel plein de talents mais le lieu dans lequel il vit ne lui permet pas de s’épanouir. Il ne fait que subir. Il a tout tenté, tout essayé. L’heure est venue pour lui de tenter autre chose ailleurs. 

Comment faire pour trouver un lieu qui vous corresponde ? 

  • Ne confondez pas passion et raison. Soyez bon dans ce que vous aimez et servez-vous de vos qualités : Trop de personnes conseillent de suivre ses passions. C’est une aberration. Mes passions aujourd’hui me conduiraient à une vie peu confortables, soit car très peu rémunératrices ou bien sur lesquelles j’ai un talent limité. Ouvrez des portes qui mènent à un horizon enviable. J’y reviendrai prochainement dans un article.
  • Sortez de votre zone de confort. De Gaulle disait il faut viser les sommets car c’est là qu’il y a moins de monde. Sortir de votre zone de confort, c’est aussi aller dans des endroits où peu veulent aller. Car nous avons tous les mêmes zones de confort. Que pouvez-vous faire qui ne vous met pas en danger ?
  • La théorie des petits pas : Votre projet ne se fera pas en un jour. Monter en compétence. Gagner de l’expérience nécessite du temps. C’est pas à pas que vous construisez les murs de votre bonheur futur. (Comment gravir une montagne en un seul pas)

En posant des congés en avance, mon ami savait déjà qu’il était temps de raccrocher les gants. Me remerciant pour ma franchise, il voulait comprendre comment il pourrait faire pour essayer d’entraîner une dernière fois les équipes pour le dernier projet qu’il voulait terminer avant de tourner la page. Il pensait pouvoir trouver les forces pour réussir ce dernier projet. C’est alors que je lui ai parlé de Lance Armstrong ou la théorie du collectif mais cela c’est une autre théorie.

Prochaine théorie : Lance Armstrong ou la théorie du collectif.

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