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Picasso ou la théorie du Bambou

Il y a peu, nous étions réunis entre amis pour un week-end que nous faisons chaque année où nous préparons culinairement les fêtes de fin d’année. L’une de ces amis était rayonnante. J’avais plaisir à la voir ainsi car quelques mois auparavant, elle sortait d’une situation professionnelle compliquée qui l’avait beaucoup marquée.

Depuis, elle prenait le temps de profiter, sans trop se poser de questions sur les prochaines étapes. Sachant qu’elle était encore jeune, elle-même convenait que cette situation ne pouvait pas durer et à bien des égards. Néanmoins, sans pression financière, elle semblait réluctante à se poser des questions sur son avenir professionnel. Elle voulait changer de secteur professionnel mais ne savait pas encore quoi ni comment. Il lui restait beaucoup de temps avant de se contraindre à cet exercice difficile : que vais-je faire de ma vie ?

C’est alors que je lui ai parlé de Picasso et de la théorie du bambou.

Il faut du temps au bambou pour pousser vite !

Il y a cette histoire que j’aime, j’ignore si elle est vraie mais la fable est intéressante. Picasso rentre dans un restaurant avec une dizaine d’amis. Le restaurateur reconnaît immédiatement le célèbre peintre et fait en sorte de lui donner la meilleure table. Les bouteilles coulent à flot et la soirée est très festive. Le restaurateur veille à ce que Picasso et ses amis ne manquent de rien. La soirée se termine et Picasso demande l’addition au restaurateur qui refuse de faire payer quoi que ce soit à Picasso. En échange, il demande juste un dessin rapide au maître sur la nappe sur laquelle il vient de dîner. Ce dernier prend un gros crayon feutre et dessine d’un seul coup de crayon un dessin sur la nappe de la table. Entre les gouttes de vin et autres tâches, en un seul coup de crayon, il réalise une oeuvre poétique et simple dont il a le secret. Le restaurateur est ravi. Picasso dit au restaurateur puisque vous m’avez offert le repas, je vous fais une grosse remise de 50% sur cette oeuvre, je vous ne la vends que 3 millions. Le restaurateur est confus et dit qu’il ne va pas payer 3 millions pour ce que Picasso a mis moins de 3 secondes à faire. Picasso regarde le restaurateur et lui dit : “Il m’a fallu 20 ans pour faire cela en 3 secondes.”

Il en va de même pour le bambou. La vitesse de croissance du bambou est extraordinaire (jusqu’à 1m par jour dans des conditions optimales). Par contre, ce que l’on sait moins, c’est qu’il faut au moins 2 ans de croissance de racines au bambou pour pouvoir pousser très vite. Pendant ces 2 ans, il ne se passe rien (de visible). Il en va de même pour nos activités (professionnelles).

Régulièrement, je rencontre des personnes qui aspirent à changer de vie ou de travail. Souvent, leur envie porte sur des virages à 90° voire 180°. Ou alors des personnes qui aspirent à des promotions. Une autre amie me faisait part de son envie de travailler sur des sujets de blockchain. Quand je lui ait demandé ce qu’elle allait mettre en oeuvre pour faire grandir son expertise et surtout la faire (re)connaître, elle n’en avait pas la moindre idée. Quelques temps plus tard, elle n’avait pas avancé dans son projet.

Nous vivons à une époque formidable où toute connaissance est à portée de quelques clics. Il est possible de rentrer en contact avec des personnes qui sont des experts sur de sujets. Bien évidemment, il faut garder un oeil critique et trouver les bonnes sources peut demander de l’effort mais il n’en reste pas moins que toute personne souhaitant se lancer ou se renforcer sur un sujet peut le faire avec beaucoup de simplicité. Par contre, il faut avoir en tête qu’il faut du temps et que Rome ne s’est pas fait en un jour.

De plus, les expériences professionnelles qui sortent du cadre de nos formations et de notre parcours, sont de plus en plus acceptées (voire encouragées). Il n’a jamais été aussi facile de créer une société et de pouvoir commencer à vendre ses services ou des biens sur Internet. Il n’a jamais été aussi facile de pouvoir partager son opinion. Mais cela nécessite du temps 1) pour se construire et 2) pour se développer. Si je prends mon exemple, ce blog que j’entretiens de manière trop intermittente (c’est ma bonne résolution de cette année) fait plusieurs milliers de visiteurs par mois et ma newsletter connaît désormais une grande croissance. Mais cela a pris plusieurs années pour se faire. De même, les compétences que je tente de développer se font au fur et à mesure. On ne s’improvise pas expert en blockchain en quelques semaines. On ne s’improvise pas une connaissance ou une compétence quelconque en quelques semaines. Et surtout, on ne construit pas la reconnaissance de cette expertise en quelques semaines. Il faut un plan pour construire les deux.

Par contre, cela doit se faire avec un plan à qui on laisse du temps. Comme le bambou, il faut planter les graines afin qu’elles puissent devenir des grandes racines qui puissent vous assurer une rapide croissance. Le succès ne vient pas par magie ou par chance. Comme je dis souvent aux étudiants que j’ai en cours d’école de commerce, c’est aujourd’hui que vous préparez votre job de demain voire celui d’après demain. De la même manière, les sportifs de haut niveau gagne des titres grâce à des années d’entraînement dans l’ombre.

Savoir où planter ses pousses de bambou

Il est une autre vérité sur le bambou. C’est une plante qui a tendance à pousser de manière extraordinaire mais souvent de manière hasardeuse si on ne contrôle pas la manière dont il est planté. C’est la même chose pour vos projets. Néanmoins, si vous ne commencez pas, vous ne saurez jamais quelle direction prendre.

Souvent, on me pose la question d’où me viennent ces idées d’articles ? La réponse est simple. En travaillant. En écrivant des articles, d’autres idées me viennent. Au cours de ce processus de création, lorsque je suis au cinéma ou en train de lire un livre, des idées me viennent car j’ai écris un article le matin même. Je ne crois pas à la formule magique de l’eureka, idée qui vous vient par hasard. Par contre, je crois qu’inconsciemment en travaillant et en réfléchissant, notre subconscient travaille et des idées nous viennent. Il en va de même pour vos projets. Il faut se lancer avec raison (comme pour le bambou, il faut planter ses graines avec parcimonie et attention) mais surtout, il ne faut pas avoir peur de se lancer. En se lançant dans un projet, vous allez rencontrer des personnes qui vont vous donner ou vivre des expériences qui vont vous nourrir et donc de nouvelles idées viendront à vous. Ces idées vont vous mener sur d’autres projets et ainsi de suite. C’est un cercle vertueux.

L’oeuvre de Picasso repose sur des centaines de toiles et de sculptures. Mais combien de brouillons ont-ils été nécessaires à la fabrication de ces oeuvres ? Combien de tentatives pour faire une oeuvre ? Combien de toiles ont été jetées dans ce processus ? Probablement bien plus. La chose la plus importante qui existe pour vous est le temps. C’est la seule chose que vous ne pourrez pas rattraper. On peut récupérer l’argent ou les biens physiques. Mais le temps perdu est à jamais perdu. Alors entre les remords (j’ai mal planté mes bambous dans le jardin) et les regrets (je n’ai rien planté), je choisis toujours les remords.

Si vous avez du temps, dépensez-le de manière optimale afin de planter de nombreuses graines de bambou. Un jour, une de ces graines sera dans des conditions optimales et elle poussera magnifiquement. Comme je le disais dans cet article, une montagne ne se gravit pas en une fois. Si vous avez du temps pour vous (et celui qui veut du temps, il en trouve), commencez à préparer votre futur maintenant. Posez-vous la question de ce que vous aimeriez faire (ou ne pas faire) et commencez à planter les graines.

Quelques temps plus tard, mon amie me contacta pour me dire que notre discussion l’avait fait réfléchir et qu’elle avait acheté plusieurs livres sur des sujets qui l’intéressaient. Elle avait commencé à s’adonner à une nouvelle activité. Pour l’instant, le projet professionnel était encore flou mais elle était stimulé et se donnait de manière active à faire progresser ses compétences en la matière. Elle était satisfaite de pouvoir réaliser des choses de ses mains. Néanmoins, elle avait du mal à répéter plusieurs fois de suite les mêmes actions et avoir le même résultat. Cependant, elle semblait trouver que c’était une bonne chose. C’est à ce moment que je lui ai parlé de Jean Imbert et de la théorie de la répétition. Mais je lui ai dit que c’était une autre théorie.