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Le slow ou la théorie du moment

A attendre la fin de soirée pour aborder quelqu’un, c’est l’assurance de rater son moment. Il en va de même pour les Slow que pour les projets que vous voulez entreprendre.

Il y a quelques mois, je rencontrais une ancienne stagiaire dont les qualités professionnelles avaient été source d’une grande satisfaction pour l’équipe avec laquelle je collaborais. Elle n’avait pas changé. Toujours le même enthousiasme. Suite à son stage, elle avait bifurqué vers un autre secteur sur un poste marketing offline. Elle avait été enchantée mais depuis peu, le temps était devenu long. Sa courbe d’apprentissage était moins fulgurante et la routine s’était installée malgré des évolutions de poste. 

De plus, le secteur de la blockchain l’intriguait à plus d’un titre. Ce fut une surprise pour moi car son intérêt pour les nouvelles technologies ne m’avait jamais interpellé. Elle voyait dans ce secteur des perspectives de changement de monde et de carrière. Lorsque que je l’ai interrogée sur ce secteur (qui m’est opaque), ses réponses n’ont pas permis d’agrandir mes connaissance. Sentant elle-même la superficialité des ses connaissances, sans que je lui en fasse la remarque, elle m’expliquait qu’elle attendait le bon moment pour potasser le sujet de manière approfondie. Elle préférait prendre des contacts au sein de réseaux afin d’être sûre de se lancer dans une bonne voie.

C’est alors que je lui ai parlé du slow ou de ma théorie du moment.

Une époque disparue, peut-être à raison

Les boîtes de nuit sont un lieu que j’ai peu fréquenté dans ma vie. Mes amis évoquent régulièrement leurs souvenirs de ces lieux et surtout les fins de soirée pour la fameuse période du slow. A les entendre, cet instant était le climax de la soirée. Les rencontres se faisaient et les langues se nouaient (si vous me permettez ce jeu de mot). En choeur, ils regrettaient ce moment qui semblerait avoir disparu des soirées (j’utilise le conditionnel car je ne fais que rapporter). 

Cette légende m’a toujours laissée dubitatif. De ma propre constatation, (il m’est quand même arrivé d’aller en soirée), les fins de soirée ne sont pas le moment où tout se jouait. Comme dit l’expression populaire, c’est une conclusion. Le chemin devait se faire préalablement. Je reste perplexe qu’au fait qu’une danse lente de quelques minutes suffisent à convaincre deux personnes de finir leur soirée ensemble si ils ne s’étaient jamais vus auparavant. 

La séduction est une chemin fait d’une multitude d’interactions. Ce n’est pas juste une conclusion mais bien une série d’étapes qui amène à la conclusion. Le procédé est le même pour la connaissance et les compétences. Une multitude de personnes souhaite changer de métier ou avoir des évolutions de carrière. Néanmoins, un tel changement ne peut se décréter en quelques minutes. A attendre d’avoir un entretien ou une promotion pour consolider vos aptitudes professionnelles, il est probable que votre objectif ne soit jamais atteint. Car justement le jour de l’entretien, vous aurez manqué une grande série d’étapes légitimant votre prétention. 

C’est en forgeant que l’on devient forgeron

Vous aurez été nombreux à hocher la tête devant l’exemple donné, certes caricatural mais véridique. Le sérieux de cette personne, qui est réel je peux en attester, ne fait pas ici preuve d’une grande démonstration. Pourtant, combien de personnes lisant ces lignes aspirent à des changements ? Monter en grade pour faire du management ou de la stratégie ? Lancer sa propre activité ? Vous êtes nombreux. Et rassurez-vous, cette envie est saine.

Lors de mes années de management, invariablement, il y avait un écart entre les attentes des personnes (devenir manager) et leurs actes au quotidien. Être manager, cela commence aujourd’hui. N’attendez pas d’être au poste souhaité pour commencer à vous comporter de la bonne manière car le management, c’est itératif. Il n’y a pas de règles miracles qui fonctionnent en toutes circonstances. Adapter les principes fondamentaux à chaque personne est vital. Ce qui fonctionne pour une personne n’aura pas de prise sur une autre. Mais une chose est encore plus importante. 

La vraie compétence, c’est celle de la pratique. Je suis spécialiste dans un domaine : les google ads. La réalité est qu’une personne motivée peut en savoir autant que moi en quelques mois, voire quelques semaines. La somme des savoirs n’est pas très importante. Néanmoins, avec le recul, l’habileté professionnelle ne se matérialise pas exclusivement en savoir mais aussi en connaissance. Bien que les règles de fonctionnement soient simples, faire grandir son expertise nécessite un temps long. Des allers-retours, des expériences, des échecs, des réussites sont impératifs. Cela est vrai pour toute compétence. Comme on dit pour le Poker, il faut 5 minutes pour apprendre les règles, 30 ans pour les maîtriser. 

Aujourd’hui, je suis renforcé par ces nombreuses années et d’expérimentations en tout genre. Les budgets que je gère aujourd’hui sont gérés plus efficacement et le seront encore plus demain. La somme de mes savoirs n’a pas beaucoup évolué depuis quelques temps mais celle des connaissances continuent à se développer. 

Il faut pratiquer dans des moments sans importance

Au-delà du temps d’apprentissage nécessaire à chaque compétence, il est une raison supplémentaire de ne pas attendre les bonnes opportunités pour se lancer. A petit budget ou petite situation, ce sont des petits échecs ou des petites victoires que vous obtiendrez. Les pilotes de Formule 1 ne commencent pas comme premier conducteur d’une grande écurie. Ils commencent par des divisions inférieures, puis montent peu à peu les grades et les divisions pour finir peut-être un jour dans la catégorie reine des sports automobiles. Commencez à pratiquer votre savoir faire lorsque cela n’a pas d’importance. Si vous attendez la période des slows dans une boîte de nuit pour aller parler à une personne que vous convoitez, il est fort probable que cela ne dure que le temps de la chanson. 

Aux personnes qui cherchent un emploi, je leur conseille de passer des entretiens pour des postes auxquels ils accordent une importance moindre. Car les entretiens pour les postes de ses rêves sont rares (ou bien votre concept de rêve est très large). “S’entraîner” sur des postes sans importance permet de se tester, de roder son discours et ses arguments pour être prêt le jour J. Les humoristes célèbres répètent leurs spectacles en public dans des petites salles avant de se lancer sur les grandes scènes parisiennes. 

A vouloir attendre la période du slow de fin de soirée pour pratiquer le jeu de la séduction, il est probable que vous repartiez seul. C’est le chemin qui nous donne nos titres. Pas les promotions. Vous pouvez être le plus mauvais consultant tout en ayant toutes les certifications possibles. En ayant accumulé de l’expérience et des connaissances, le jour J, lorsqu’une opportunité se présenta à vous, vous serez prêt.

La personne que j’avais en face de moi ne pouvait que reconnaître que sa démarche pour changer de secteur était hasardeuse et probablement vouée à l’échec. Elle me disait néanmoins qu’elle voulait se laisser le temps de construire son bagage théorique à ce sujet. Rencontrer quelques personnes ne pourraient pas lui faire de mal et qu’elle rebondirait vite. En effet, fort de ses échecs, elle saurait remettre le curseur au bon endroit. C’est alors que je lui ai parlé d’une jambe cassé ou de la théorie des échecs mais c’est autre théorie.

Prochaine théorie : La jambe cassée ou la théorie de l’échec

Précédente théorie : Forrest Gump ou la théorie du destin

Crédit photo : Pexels