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Le disque d’or ou la théorie du choix

Des difficultés entravent la poursuite de nos objectifs. Souvent, on relativise nos objectifs plutôt que la manière dont nous pouvons les atteindre. Pourquoi est-ce une erreur ?

Il y a quelques jours, je prenais un café avec un ami entrepreneur. Lors de notre échange, il me confiait sa difficulté à recruter. A l’instar de nombreuses entreprises, sa société a des besoins de profils IT très recherchés. Je l’avais accompagné pour établir sa fiche de poste et le profil de compétences : savoir faire (les compétences et son niveau d’expertise) et savoir être (les valeurs pour être en accord avec celles de l’entreprise). Volontairement, ses attentes étaient ambitieuses et il était prêt à formuler des engagements très importants.

Mais voilà, une fois de plus la réalité a sonné à la porte de la théorie pour rappeler que la vraie vie ne se situait pas du côté de la théorie. Lorsqu’il a rencontré des candidats intéressants, ceux-ci avaient en parallèle de nombreuses autres propositions, avec des engagements financiers plus importants ou au sein d’aventures entrepreneuriales. Deux avantages clés pour un recrutement sur lesquels, malgré lui, mon ami ne pouvait s’aligner. Après une longue période de recherches n’offrant aucune solution viable, il me demandait un avis sur les compétences et le niveau d’expertise auxquels il devait renoncer pour pouvoir recruter quelqu’un. 

C’est alors que je lui ai parlé des disque d’or ou de ma théorie du choix

On ne vend plus de disques mais on donne toujours autant de disques d’or

Au cours d’une émission télévisée, une remise de disques d’or à des artistes m’avait interpellé. En effet, peu de temps auparavant, la lecture d’un article m’avait documenté sur la chute vertigineuse des ventes physiques de l’industrie musicale. De mon souvenir d’enfant, les disques d’or représentaient des récompenses suite à des ventes importantes d’un album. Remettre des disques d’or à une époque où “l’on ne vend plus de disques” me semblait quelque peu étrange.

Pour mieux comprendre le fonctionnement des disques d’or, j’ai entrepris des recherches. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre puisque le premier lien sur le Google (wikipédia) m’a donné la réponse. Pour continuer à distribuer des certifications, les organisations en charge de celles-ci ont rabaissé, année après année, les seuils pour déclencher ces certifications pour accompagner les ventes déclinantes de disques. Pour pallier à la presque disparition des ventes, ils comptabilisent désormais aussi les écoutes en streaming.

L’évolution des seuils de ventes pour être certifié des disques d’or

Quel est le but d’un disque d’or pour ces organismes ? Célébrer la musique et les artistes populaires. L’objectif premier est de créer une chambre d’écho afin que la musique prenne plus de place dans la société. Et le moyen trouvé fut de prendre les ventes comme baromètre de ce qui devait être exalté. Sauf que, les ventes déclinantes, il devenait difficile de célébrer des artistes (l’objectif premier) grâce au disque d’or (le moyen) puisque ces derniers ne vendent plus assez de disques.

Selon moi, ces organisations de l’industrie musicale avaient deux choix :

  • Continuer à célébrer les succès de la musique mais en baissant le niveau d’exigence pour décerner cette certification
  • Prendre acte que le monde changeait et trouver une autre solution pour célébrer le succès et louanger les artistes et leurs musiques 

En théorie, tout se passe bien

Le quotidien nous donne l’opportunité de mesurer l’écart entre nos objectifs et les réalisations de ceux-ci. Parfois, la réalité est bienveillante et elle nous permet d’atteindre nos objectifs. Parfois, c’est au prix d’efforts plus importants que prévu mais nous réussissons tout de même. Mais parfois, c’est une tâche qui reste vaine malgré nos efforts. Dans le cas, où nous n’arrivons pas à accomplir nos objectifs, il existe plusieurs possibilités :

  • Persister
  • Abandonner
  • Reconsidérer notre objectif

Pourtant selon moi, il existe une quatrième option.

Dans le cas de mon ami, son objectif n’est pas de recruter mais de combler une lacune d’expertise au bon développement de sa société. Recruter une personne avec des compétences est un moyen d’atteindre cet objectif mais ne constitue en rien l’objectif. D’autres options peuvent être explorées. En recrutant un profil moins expérimenté, mon ami encourt le risque de ne pas satisfaire son besoin premier : disposer d’une ressource senior avec des compétences IT pour développer sa société. En parlant avec lui, en réfléchissant à différentes formes d’organisation, des alternatives permettent d’arriver à l’objectif (sourcing dans une agence, structuration différente de l’équipe, freelance, …). Certes, elles sont moins pratiques, peut-être plus coûteuses mais elles ont le mérite d’être plus facilement actionnables et surtout de répondre au besoin premier : une ressource IT senior. 

A se focaliser sur la difficulté d’un moyen, mon ami en a oublié son objectif premier. Il en va de même pour nos choix de tous les jours. Face à une équation impossible à résoudre, un réflexe fréquent est de réviser nos objectifs à la baisse. Moins communément, la question des méthodes pour atteindre nos objectifs se pose. Les chemins alternatifs sont peut-être moins glorieux, moins évidents mais si ils vous permettent d’atteindre votre objectif, c’est aussi cette réflexion qu’il vous faut mener. 

L’important, c’est de participer

Dans un univers en baisse, continuer à donner des primes en baissant les objectifs me semble être une reconnaissance de piètre importance. Une société, à laquelle j’ai collaboré, donnait 80% des primes à tout le monde quel que soit le résultat. A votre avis, est-ce que les objectifs avaient une grande importance ? Non, aucune et tout le monde s’en fichait. 

La pyramide de Maslow indique que le stade ultime des besoins est celui de l’accomplissement. Tout le monde n’a pas vocation à devenir champion olympique ou à être le premier. Mais le besoin de dépassement et de décrocher des victoires est nécessaire pour tous. A revoir ses objectifs à la baisse pour décerner un prix et permettre à tous de franchir la ligne d’arrivée en gagnant, est-ce une bonne manière de galvaniser la compétition ? Je ne le crois pas. Est-ce que cela donne un sentiment d’accomplissement à celui qui l’obtient ? Je ne le crois pas non plus. L’adage olympique dit : “l’important, c’est de participer”. Là encore, je ne crois pas. L’important, c’est de donner le meilleur de soi-même. De tenter le plus que possible de sortir de sa zone de confort.

Un objectif doit être aspirationnel. Sa fonction est avant tout de vous permettre de vous dépasser. Il faut trouver le juste milieu entre un objectif facile et un objectif inatteignable. Un juste milieu permettant à chacun de s’accomplir et de pouvoir savourer cette réussite. Et en cas d’échec, nous avons vu que le choix de la méthode importait. Mais le choix de l’objectif compte tout autant. Il doit correspondre à un besoin vital pour vous et en cas de manquement, cela doit constituer un vide pour vous. Mais surtout, son accomplissement doit se faire au prix d’un dépassement de soi (je parle ici des “grands” objectifs personnels et professionnels, pas ceux du quotidien). Il doit vous permettre d’atteindre cet état d’achèvement et d’accomplissement. En l’occurrence, pour mon ami, curieux par des questions IT, il souhaite développer cette compétence par intérêt pour sa société et pour sa filière (car il réalise que bons nombres de ses clients ont aussi des lacunes en la matière). Le faire à minima ou de manière peu satisfaisante lui permettra peut-être de gagner de l’argent à court terme mais il ne construira pas une expertise probante et durable.

A la sortie de notre entrevue, mon ami m’a remercié de lui “avoir mis les pendules à l’heure” (c’est toujours plus facile quand c’est pour les autres). Hyper dynamique de nature, mon ami n’avait pas attendu la fin de notre rencontre pour commencer à chercher sur Internet des offres de sourcing pour l’accompagner sur son objectif. Il avait même vu le site d’une agence qui semblait lui correspondre. Il comptait leur envoyer un message dès ce soir. C’est alors que je lui ai parlé de Forrest Gump ou la théorie de la chance, mais ça c’est une autre théorie. 

La semaine prochaine : Forrest Gump ou la théorie de la chance