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Cet article a un conseil : ne suivez pas les conseils de lifehacking

Le monde du lifehacking et du management a permis de propager de nombreuses méthodes pour améliorer sa gestion du temps et atteindre ses objectifs. Le “succès” ayant naturellement tendance à fasciner, on cherche à en découvrir les recettes. De ce fait, les routines de personnes “à succès” ont commencé à se répandre rapidement. Souvent, ce sont de bons conseils mais ils peuvent aussi s’avérer être de faux amis. Pourquoi ? C’est ce que nous allons voir.

Le lifehacking, c’est une démarche personnelle d’amélioration de soi

Ce qui est vrai pour les autres ne l’est pas forcément pour vous

Se lever tous les matins aux aurores et aller courir une dizaine de kilomètres comme Jack Dorsey de Twitter, est-ce une bonne idée ? Tout dépend de votre organisme. J’ai essayé et cela eut un effet inverse à celui souhaité. Je suis du matin et donc mon énergie créatrice est à son maximum pendant cette période. Consacrer une partie de ce temps de cerveau créatif à une activité qui ne le nécessite pas et qui ne correspond pas à mes objectifs (je n’ai pas d’objectif sportif de performance de haut niveau) est une mauvaise allocation de ressources (en l’occurrence ici mon temps de cerveau disponible). De plus, cela a eu tendance à vider mon réservoir d’énergie pour la journée et j’avais du mal à me donner un second boost pour l’après-midi. Très vite, j’ai arrêté. A la place, je positionne ma période de sport pendant la pause de midi. Justement lorsque je ressens une certaine fatigue (plutôt psychique que physique) après avoir passé plusieurs heures à travailler en mode “deep work”.

Si de faire du sport en début de matinée avait tendance à vider mon énergie pour la journée, le faire avant de faire une pause déjeuner a l’effet inverse. Mon cerveau est fatigué en fin de matinée après avoir travaillé plusieurs heures sur des projets de fond. Faire une bonne séance de sport me permet de recharger les batteries et je peux profiter d’une vraie deuxième journée de travail l’après-midi. D’ailleurs, si je dois annuler ma séance de sport, je ressens une certaine fatigue dans l’après-midi.

Certes, en faisant le sport plus tard dans la journée, je perds une partie du bénéfice du sport. Mais je ne suis pas un sportif de haut niveau, je n’ambitionne pas de faire des performances et des records personnels. Je suis mon propre compétiteur. Les esthètes du sport me diront que c’est une perte potentielle d’optimisation de mon entraînement mais je ne suis pas à la recherche de ces performances. Le sport est pour moi un outil d’amélioration de mon quotidien.

Ceci est un exemple pour vous montrer que les mantras et les conseils fréquents ne sont pas en adéquation avec ma physiologie et mes objectifs personnels. Dans ce cas de figure, l’optimal est l’ennemi de mon bien : avoir des séances de sport plus efficaces nuit à mes objectifs personnels.

Ce qui est vrai pour certains ne l’est peut-être pas pour vous. Sans se cacher derrière les excuses habituelles (“pas le temps”, “pas l’argent”, …), n’ayez pas peur de dire non à certaines propositions ou en tout cas de les adapter.

La vie des autres diffère de la vôtre, parfois en tout point

Cette citation d’Oscar Wilde est affichée à l’entrée de mon appartement. “Soyez vous-même, les autres sont déjà pris.” Un jour, je lisais un article où une personne faisait un compte rendu de ses bonnes pratiques de lifehacking. Sincèrement, c’était séduisant. Son programme alternait entre des phases de travail profond, de travail léger puis des séances de respiration et des pauses. C’était intelligent et complet. Après avoir engagé la conversation avec lui sur Twitter, il s’est avéré que nos modes de vies étaient opposées : Célibataire sans enfant en télétravail, habitant à la campagne. Malgré toute la bonne volonté du monde, il m’aurait été impossible de calquer son calendrier au mien car j’ai des injonctions de la vie quotidienne qu’il n’a pas (et inversement).

N’oubliez pas, l’organisation d’une personne (souvent connue avec beaucoup de succès) a des injonctions de vie matérielles différentes. Je doute que Jack Dorsey ou Sheryl Sandberg aient les mêmes contraintes d’organisation de vie que les miennes. Je ne sous-entend pas qu’ils n’ont aucune contrainte ou qu’ils n’ont pas de mérite mais toute personne de bonne foi ne peut que reconnaître que nous ne sommes pas sur la même ligne de départ.

Les organisations à succès sont le reflet de la vie des personnes avec leurs contraintes, ne l’oubliez pas. En commençant le travail de routine, prenez en compte vos contraintes matérielles du quotidien dans la préparation de votre programme. En lisant les routines d’autrui, contextualisez leurs vies. Des éléments ne sont intégrables de suite dans votre calendrier.

Le chemin importe plus que le résultat final

Faire des routines, c’est un travail en continu. Cela ne s’arrête jamais. Si vous ne faisiez pas des ajustements de routine, la chose finirait par devenir ennuyeuse (ce serait la routine au sens péjoratif). Ce travail incessant d’aller retour entre réflexion, expérimentation et résultat de l’expérimentation rend possible une nouvelle réflexion. L’écoute attentive et perpétuelle à ce qui se passe vous permet d’être en alerte et donc de (res)sentir les besoins d’évolutions. Si une baguette magique pouvait vous donner un plan de routine correspondant parfaitement à vos envies et à vos besoins sans avoir à réfléchir, vous perdriez une grande partie de sa valeur. La grande valeur de ce plan repose aussi sur la partie introspective de son élaboration.

Me concernant, ce travail de recherche que je fais sur mon organisation et mes motivations constitue une forme d’introspection (sans rentrer dans le café du commerce de psychologie). Lorsque je pose la question des priorités de vie à une personne avec qui je commence à travailler, généralement cette question peine à trouver rapidement et clairement des réponses. Pourquoi ? Car c’est une question que l’on ne vous a que très rarement demandé. Ou pire, que l’on ne s’est pas posé à soi même. Vouloir plaquer les motivations et les routines d’une autre personne, de ce point de vue, vous serez d’accord que cela constitue un échec. Vous n’aspirez pas aux mêmes réussites et aux mêmes objectifs. Et surtout pas aux mêmes sacrifices.

Quelques conseils “à ne pas suivre” mais à méditer dans la construction de votre routine

Posez-vous les bonnes questions

Pour ceux qui n’ont pas vu la vidéo de Simon Sinek, arrêtez la lecture de cet article, la vidéo est bien plus intéressante que cet article. Commencez par le pourquoi des choses. Et surtout posez la question d’un pourquoi positif et pas vague. “Vouloir changer de vie” ou “ne plus subir le quotidien” ne sont pas des pourquoi. Ce sont des conséquences. Vous êtes dans une situation professionnelle (ou personnelle) compliquée et vous aspirez à un changement. Vous ne devez pas vouloir changer de place car il est fort probable que vos problèmes vous suivront dans votre nouvelle place. Posez-vous la question de ce que vous voulez être et ce que vous voulez faire et ensuite vous pourrez commencer à envisager le plan d’action et les routines nécessaires pour y arriver. Rappelez-vous les routines et les méthodes de lifehacking ne sont que des moyens mis à votre disposition pour arriver à vos fins. Posez-vous la question de vos fins avant de vous lancer dans leurs recherches.

Une routine est une pierre que l’on polit avec le temps

Vous n’obtiendrez pas immédiatement la recette parfaite à vos routines. Même si vous les mettez une à une en place. L’équilibre trouvé avec une routine s’en trouve changé lorsqu’une autre vient s’ajouter. De plus, votre vie évolue et vos contraintes et vos moments de liberté évoluent en même temps. Là encore, c’est ce travail de polissage dans le temps qui donne la pleine substance à vos expérimentations de lifehacking. A l’usage, vous réaliserez que le moment ou le lieu, que vous pensiez propice, ne sont pas les mieux choisis pour mettre en place telle ou telle routine. N’ayez pas peur d’ajuster ou de bousculer certaines habitudes.

Le quotidien peut vite prendre le pas sur les routines

Parce que la vie étant faite de surprise et “d’urgence du quotidien”, votre plan ne peut pas forcément s’appliquer tous les jours. Il est difficile d’expliquer à un client en situation de crise que vous ne répondez pas aux emails le matin alors qu’il vient de vous appeler trois fois car la situation dégénère. Les fameux mantras “pas d’emails le matin” (un de mes mantras) peut ne pas s’appliquer de manière exceptionnelle.

Les routines se font au fur et à mesure du temps. Néanmoins, ne laissez pas le temps faire son oeuvre comme l’eau qui creuse la roche. Vous ne devez pas laisser le quotidien creuser dans vos bonnes pratiques. Ce qui est difficile dans les routines, c’est de les tenir sur le long terme. Se lever deux jours de suite à 6h pour méditer, c’est “facile”. Ce qui est difficile, c’est de se lever 90 jours de suite à 6h pour méditer. D’où le fait qu’ils faillent savoir pourquoi on les fait et avoir un objectif “supérieur”. Ce but constitue un soutien dans les moments difficiles. Faire des exercices de musculation du ventre (comme la planche) tous les matin devient vite difficile si vous n’avez pas un objectif supérieur.

Un conseil n’est pas fait pour être suivi mais digéré

Suivre un conseil, c’est donner l’opportunité à quelqu’un d’autre de décider pour votre vie. Quand ils viennent de personnes bienveillantes vous connaissant bien, ayant un recul nécessaire et une expérience de vie suffisante, cela peut être une bonne chose. Le premier principe du lifehacking est de (re)prendre en mains les détails du quotidien afin de pouvoir décider par soi-même ou et soi même de sa voie. C’est l’accumulation des petits pas qui vous permettront de déplacer des montagnes. Suivre les recommandations d’autrui, c’est perdre avant de commencer la course. Peut-être qu’au final, vous finirez par déplacer des montagnes mais peut-être pas les bonnes.

N’arrêtez pas pour autant de lire ou d’écouter les préceptes autrui. Mais gardez un esprit critique (dans le bon sens du terme) à ce qui peut être dit. Lire ou entendre les autres (articles, livres, conférences, …) c’est s’enrichir de la vie et des expériences des autres, et je ne peux que vous encourager dans cette voie. Mais ne laissez pas la vie (l’avis) des autres devenir la vôtre.

“Un bon conseil vaut mieux que de le suivre.” Ambrose Bierce

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